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" "You could fall suddenly into the void the dead go to: I would be comforted if you would bequeath me your hands. Only your hands would continue to exist, detached from you, unexplainable like those of marble gods turned into the dust and the limestone of their own tomb. They would survive your actions, the wretched bodies they caressed. They would no longer serve as intermediaries between you and things: they themselves would be changed into things. Innocent again now, since you would no longer be there to turn them into your accomplices, sad like greyhounds without masters, disconcerted like archangels to whom no god gives orders, your useless hands would rest on the lap of darkness. Your open hands incapable of giving or taking the slightest joy would have let me slump like a broken doll. I kiss the wrists of these indifferent hands you will no longer pull away from mine: I stroke the blue artery, the blood column that once spurted continuously like a fountain from the ground of your heart. With little sobs of contentment, I rest my head like a child between these palms filled with the stars, the crosses, the precipices of my previous fate.
Marguerite Cleenewerck de Crayencour (June 8 1903 – December 17 1987) was a Belgian-born French novelist who wrote under the pseudonym Marguerite Yourcenar. She was the first woman to be elected to the Académie française.
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"Quand je considère ma vie, je suis épouvanté de la trouver informe. L'existence des héros, celle qu'on nous raconte, est simple ; elle va droit au but comme une flèche. Et la plupart des hommes aiment à résumer leur vie dans une formule, parfois dans une vanterie ou dans une plainte, presque toujours dans une récrimination ; leur mémoire leur fabrique complaisamment une existence explicable et claire. Ma vie a des contours moins fermes...
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Ça et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout, les éboulements du hasard. Je m'efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d'or, ou l'écoulement d'une rivière souterraine, mais ce plan tout factice n'est qu'un trompe-l'oeil du souvenir. De temps en temps, dans une rencontre, un présage, une suite définie d'événements, je crois reconnaître une fatalité, mais trop de routes ne mènent nulle part, trop de sommes ne s'additionnent pas. Je perçois bien dans cette diversité, dans ce désordre, la présence d'une personne, mais sa forme semble presque toujours tracée par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image reflétée sur l'eau. Je ne suis pas de ceux qui disent que leurs actions ne leur ressemblent pas. Il faut bien qu'elles le fassent, puisqu'elles sont ma seule mesure, et le seul moyen de me dessiner dans la mémoire des hommes, ou même dans la mienne propre ; puisque c'est peut-être l'impossibilité de continuer à s'exprimer et à se modifier par l'action que constitue la différence entre l'état de mort et celui de vivant. Mais il y a entre moi et ces actes dont je suis fait un hiatus indéfinissable. Et la preuve, c'est que j'éprouve sans cesse le besoin de les peser, de les expliquer, d'en rendre compte à moi-même. Certains travaux qui durèrent peu