Peut-être les moines qu’on appelle « gyrovagues » exaltaient-ils particulièrement notre condition d’étranger éternel : marchant sans cesse de monastè… - Frédéric Gros

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Peut-être les moines qu’on appelle « gyrovagues » exaltaient-ils particulièrement notre condition d’étranger éternel : marchant sans cesse de monastère en monastère, sans être fixé – ils n’ont pas tous disparu ; il en reste, paraît-il, quelques-uns encore sur le mont Athos : ils marchent leur vie durant sur les sentiers étroits des montagnes, tournant en rond, s’endormant à la chute du jour dans l’endroit où leurs pieds les a portés ; ils passent leur vie à marmonner des prières en marchant tout le jour, sans destination ni but, ici ou là, au hasard du croisement des sentiers, à tourner, retourner, ils marchent sans aller nulle part, illustrant par l’éternel cheminement leur état d’étrangers définitifs au monde d’ici-bas.

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About Frédéric Gros

Frédéric Gros (born 30 November 1965) is a French philosopher.

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Additional quotes by Frédéric Gros

So it’s best to walk alone, except that one is never entirely alone. As Henry David Thoreau wrote: ‘I have a great deal of company in the house, especially in the morning when nobody calls.’ To be buried in Nature is perpetually distracting. Everything talks to you, greets you, demands your attention: trees, flowers, the colour of the roads. The sigh of the wind, the buzzing of insects, the babble of streams, the impact of your feet on the ground: a whole rustling murmur that responds to your presence. Rain, too. A light and gentle rain is a steady accompaniment, a murmur you listen to, with its intonations, outbursts, pauses: the distinct plopping of drops splashing on stone, the long melodious weave of sheets of rain falling steadily. It’s impossible to be alone when walking, with so many things under our gaze which are given to us through the inalienable grasp of contemplation.

Il y a le silence des marches dans la neige. Silence des pas étouffés sous un ciel blanc. Tout autour rien ne bouge. Les choses et le temps sont pris dans la glace. Immobilité sourde, tout est arrêté. Tout est uni, feutré. C’est un silence de mise en veille, de parenthèse cotonneuse, blanche, suspendue.

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Mais être seul alors, vraiment seul cette fois : un. Mais d’abord, on n’est jamais tout à fait seul. Comme écrivait Thoreau : « Je restai tout le matin en bonne compagnie, jusqu’à ce que quelqu’un vienne me rendre visite » (c’était la compagnie des arbres, du soleil, des cailloux). Au fond, c’est de rencontrer l’autre, souvent, qui nous ramène à la solitude. La conversation mène à parler de soi et de ses différences. Et doucement, l’autre nous renvoie à nous-mêmes dans notre histoire et notre identité, ce qui veut dire les incompréhensions et les mensonges. Comme si cela existait.

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