Mais être seul alors, vraiment seul cette fois : un. Mais d’abord, on n’est jamais tout à fait seul. Comme écrivait Thoreau : « Je restai tout le mat… - Frédéric Gros
" "Mais être seul alors, vraiment seul cette fois : un. Mais d’abord, on n’est jamais tout à fait seul. Comme écrivait Thoreau : « Je restai tout le matin en bonne compagnie, jusqu’à ce que quelqu’un vienne me rendre visite » (c’était la compagnie des arbres, du soleil, des cailloux). Au fond, c’est de rencontrer l’autre, souvent, qui nous ramène à la solitude. La conversation mène à parler de soi et de ses différences. Et doucement, l’autre nous renvoie à nous-mêmes dans notre histoire et notre identité, ce qui veut dire les incompréhensions et les mensonges. Comme si cela existait.
About Frédéric Gros
Frédéric Gros (born 30 November 1965) is a French philosopher.
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Additional quotes by Frédéric Gros
First of all, there is the suspensive freedom that comes by walking, even a simple short stroll: throwing of the burden of cares, forgetting business for a time. You choose to leave the once behind, go out, stroll around, think about other things. With a longer excursion of several days, the process of self-liberation is accentuated: you escape the constraints of work, throw of the yoke of routine.
D’abord, il y a la liberté suspensive offerte par la marche, ne serait-ce qu’une simple promenade : se délester du fardeau des soucis, oublier un temps ses affaires. On choisit de ne pas emporter son bureau avec soi : on sort, on flâne, on pense à autre chose. Avec la randonnée longue de plusieurs jours, s’accentue le mouvement de déprise : on échappe aux contraintes du travail, on se libère du carcan des habitudes.
On entrevoit bien dans les randonnées longues, cette liberté toute de renoncement. Quand on marche depuis longtemps, il arrive un moment où on ne sait plus trop combien d’heures se sont déjà écoulées, ni combien il en faudra encore pour parvenir au terme, on sent sur ses épaules le poids du strict nécessaire, on se dit que c’est bien assez – si vraiment il faut davantage pour insister dans l’existence – et on sent qu’on pourrait continuer ainsi des jours, des siècles. C’est à peine alors si l’on sait où on va et pourquoi, cela ne compte pas plus que mon passé ou l’heure qu’il est. Et on se sent libre, parce que, dès qu’il s’agit de se rappeler les signes anciens de notre engagement dans l’enfer – nom, âge, profession, carrière –, tout, absolument, apparaît dérisoire, minuscule, fantomatique.