Si nous avons accordé à l'Amérique le privilège de l'histoire cumulative, n'est-ce pas, en effet, seulement parce que nous lui reconnaissons la paternité d'un certain nombre de contributions que nous lui avons empruntées ou qui ressemblent aux nôtres ? Mais quelle serait notre position, en présence d'une civilisation qui se serait attachée à développer des valeurs propres, dont aucune ne serait susceptible d'intéresser la civilisation de l'observateur ? Celui-ci ne serait-il pas porté à qualifier cette civilisation de stationnaire ? En d'autres termes la distinction entre les deux formes d'histoire dépend-elle de la nature intrinsèque des cultures auxquelles on l'applique, ou ne résulte-t-elle pas de la perspective ethnocentrique dans laquelle nous nous plaçons toujours pour évaluer une culture différente ? Nous considérerions ainsi comme cumulative toute culture qui se développerait dans un sens analogue au nôtre, c'est-à-dire dont le développement serait doté pour nous de signification. Tandis que les autres cultures nous apparaîtraient comme stationnaires, non pas nécessairement parce qu'elles le sont, mais parce que leur ligne de développement ne signifie rien pour nous, n'est pas mesurable dans les termes du système de références que nous utilisons. (p.32-33)

...either I can be like some traveler of the olden days, who was faced with a stupendous spectacle, all, or almost all, of which eluded him, or worse still, filled him with scorn and disgust; or I can be a modern traveler, chasing after the vestiges of a vanished reality....A few hundred years hence, in this same place another traveler, as despairing as myself, will mourn the disappearance of what I might have seen, but failed to see.

[A propos du faux évolutionnisme] Il s'agit d'une tentative pour supprimer la diversité des cultures tout en feignant de la reconnaître pleinement. Car, si l'on traite les différents états où se trouvent les sociétés humaines, tant anciennes que lointaines, comme des stades ou des étapes d'un développement unique qui, partant du même point, doit les faire converger vers le même but, on voit bien que la diversité n'est plus qu'apparente. L'humanité devient une et identique à elle-même ; seulement, cette unité et cette identité ne peuvent se réaliser que progressivement et la variété des cultures illustre les moments d'un processus qui dissimule une réalité plus profonde ou en retarde la manifestation.

Antropologlar, yaşam biçimlerimizin, inandığımız değerlerin, mümkün olan yegâne yaşam biçimleri ve değerler olmadığını; başka yaşam tarzlarının, başka değer sistemlerinin de insan topluluklarının mutluluğa ulaşmasına imkân vermiş olduğunu ve hâlâ da vermeye devam ettiğini kanıtlamaya çalışırlar. Dolayısıyla antropoloji, böbürlenmelerimize gem vurmaya, başka yaşam tarzlarına saygı duymaya, bizi şaşırtan, şoke eden ya da tiksindiren başka usulleri öğrenmek suretiyle kendimizi sorgulamaya çağırır bizleri.
...
Antropoloğun kendine özgü kültürler arasındaki farklara gösterdiği dikkat ve duyduğu saygı, yaklaşımının özünü oluşturur.

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"Comment des sociétés contemporaines, restées ignorantes de l'électricité et de la machine à vapeur, n'évoqueraient-elles pas la phase correspondante du développement de la civilisation occidentale ? Comment ne pas comparer les tribus indigènes, sans écriture et sans métallurgie, mais traçant des figures sur les parois rocheuses et fabriquant des outils de pierre, avec les formes archaïques de cette même civilisation, dont les vestiges trouvés dans les grottes de France et d'Espagne attestent la similarité ? C'est là surtout que le faux évolutionnisme s'est donné libre cours. Et pourtant ce jeu séduisant, auquel nous nous abandonnons presque irrésistiblement chaque fois que nous en avons l'occasion (le voyageur occidental ne se complaît-il pas à retrouver le "moyen âge" en Orient, le "siècle de Louis XIV" dans le Pékin d'avant la Première Guerre mondiale, l'"âge de la pierre" parmi les indigènes d'Australie ou de la Nouvelle-Guinée ?), est extraordinairement pernicieux. Des civilisations disparues, nous ne connaissons que certains aspects, et ceux-ci sont d'autant moins nombreux que la civilisation considérée est plus ancienne, puisque les aspects connus sont ceux-là seuls qui ont pu survivre aux destructions du temps. Le procédé consiste donc à prendre la partie pour le tout, à conclure, du fait que certains aspects de deux civilisations (l'une actuelle, l'autre disparue) offrent des ressemblances, à l'analogie de tous les aspects. Or non seulement cette façon de raisonner est logiquement insoutenable, mais dans bon nombre de cas elle est démentie par les faits."

"L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. "Habitudes de sauvages", "cela n'est pas de chez nous", "on ne devrait pas permettre cela", etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères."

Antérieur à l'évolutionnisme biologique, théorie scientifique, l'évolutionnisme social n'est, trop souvent, que le maquillage faussement scientifique d'un vieux problème philosophique dont il n'est nullement certain que l'observation et l'induction puissent un jour fournir la clef. (p.20)

I am not far from believing that, in our own societies, history has replaced mythology and fulfils the same function, that for societies without writing and without archives the aim of mythology is to ensure that as closely as possible—complete closeness is obviously impossible—the future will remain faithful to the present and to the past.

People who are without writing have a fantastically precise knowledge of their environment and all their resources. All these things we have lost, but we did not lose them for nothing; we are now able to drive an automobile without being crushed at each moment, for example, or in the evening to turn on our television or radio. This implies a training of mental capacities which ‘primitive’ peoples don’t have because they don’t need them.

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I never had, and still do not have, the perception of feeling my personal identity. I appear to myself as the place where something is going on, but there is no ‘I’, no ‘me.’ Each of us is a kind of crossroads where things happen. The crossroads is purely passive; something happens there. A different thing, equally valid, happens elsewhere. There is no choice, it is just a matter of chance.

Enthusiastic partisans of the idea of progress are in danger of failing to recognize — because they set so little store by them — the immense riches accumulated by the human race on either side of the narrow furrow on which they keep their eyes fixed; by underrating the achievements of the past, they devalue all those which still remain to be accomplished.