- LE VICOMTE, suffoqué :
Ces grands airs arrogants !
Un hobereau qui... qui... n'a même pas de gants !
Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses !

- CYRANO :
Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances.
Je ne m'attife pas ainsi qu'un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil,
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d'indépendance et de franchise ;
Ce n'est pas une taille avantageuse, c'est
Mon âme que je cambre ainsi qu'en un corset,
Et tout couvert d'exploits qu'en rubans je m'attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu'une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.

"De guiche.
"Portez-les-lui."

Cyrano, tenté et un peu charmé.
"Vraiment…"

De guiche.
"Il est des plus experts.
Il vous corrigera seulement quelques vers…"

Cyrano, dont le visage s’est immédiatement rembruni.
"Impossible, Monsieur ; mon sang se coagule
En pensant qu’on y peut changer une virgule."

De guiche.
"Mais quand un vers lui plaît, en revanche, mon cher,
Il le paye très cher."

Cyrano.
"Il le paye moins cher
Que moi, lorsque j’ai fait un vers, et que je l’aime,
Je me le paye, en me le chantant à moi-même !"

De guiche.
"Vous êtes fier."

Cyrano.
"Vraiment, vous l’avez remarqué ?

Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe
Sans les mettre en bouquet : je vous aime, j'étouffe
Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop ;
Ton nom est dans mon cœur comme dans un grelot,
Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j'ai tout aimé :
Je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai,
Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J'ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que, comme lorsqu'on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Surtout, quand j'ai quitté les feux dont tu m'inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !

To be loved for beauty is a poor reward; it is to love a mask, a temporary dress, a sham unworthy of the loving heart. Your beauty which at first but dazzled me, now that I see more clearly, disappears and is not seen at all.“ Roxanne to Christian

Ah non ! C'est un peu court jeune homme
On pourrait dire, O Dieu, bien des choses en somme
En variant le ton, par exemple, tenez:
Agressif: moi monsieur, si j'avais un tel nez
Il faudrait sur le champ que je me l'emputasse !
Amical: mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire faîtes-vous donc fabriquer un hanap.
Descriptif: c'est un roc ! c'est un pic ! c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ? c'est une péninsule !

ROXANE:
Live, for I love you!

CYRANO:
No, In fairy tales
When to the ill-starred Prince the lady says 'I love you!' all his ugliness fades fast — But I remain the same, up to the last!

ROXANE:
I have marred your life — I, I!

CYRANO:
You blessed my life!
Never on me had rested woman's love.
My mother even could not find me fair:
I had no sister; and, when grown a man,
I feared the mistress who would mock at me.
But I have had your friendship — grace to you
A woman's charm has passed across my path.

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Et je voudrais mourir, un soir, sous un ciel rose
En faisant un bon mot, pour une belle cause !
Oh ! frappé par la seule arme noble qui soit,
Et par un ennemi qu'on sait digne de soi,
Sur un gazon de gloire et loin d'un lit de fièvres,
Tomber la pointe au coeur en même temps qu'aux lèvres !