But walking causes absorption. Walking interminably, taking in through your pores the height of the mountains when you are confronting them at length, breathing in the shape of the hills for hours at a time during a slow descent. The body becomes steeped in the earth it treads. And thus, gradually, it stops being in the landscape: it becomes the landscape. That doesn’t have to mean dissolution, as if the walker were fading away to become a mere inflection, a footnote. It’s more a flashing moment: sudden flame, time catching fire. And here, the feeling of eternity is all at once that vibration between presences. Eternity, here, in a spark.

Mais surtout, c’est la dissipation encore de notre langage. ... Dans le silence de la marche, quand on finit par perdre l’usage des mots ... dans ce silence, on écoute mieux alors, parce qu’on écoute enfin ce qui n’a aucune vocation à être retraduit, recodé, reformaté.

Il y a le silence des marches dans la neige. Silence des pas étouffés sous un ciel blanc. Tout autour rien ne bouge. Les choses et le temps sont pris dans la glace. Immobilité sourde, tout est arrêté. Tout est uni, feutré. C’est un silence de mise en veille, de parenthèse cotonneuse, blanche, suspendue.

On n’est jamais personne pour les collines et les grandes frondaisons. On n’est plus ni un rôle, ni un statut, pas même un personnage, mais un corps, un corps qui ressent la pointe des cailloux sur les chemins, la caresse des hautes herbes et la fraîcheur du vent. Quand on marche, le monde n’a plus ni présent, ni futur. Il n’y a plus que le cycle des matins et des soirs. Toujours à faire la même chose tout le jour : marcher.

There’s the silence of walks through the snow, muffled footsteps under a white sky. All around you nothing moves. Things and even time itself are iced up, frozen solid in silent immobility. Everything is stopped, unified, thickly padded. A watching silence, white, fluffy, suspended as if in parentheses.

On entrevoit bien dans les randonnées longues, cette liberté toute de renoncement. Quand on marche depuis longtemps, il arrive un moment où on ne sait plus trop combien d’heures se sont déjà écoulées, ni combien il en faudra encore pour parvenir au terme, on sent sur ses épaules le poids du strict nécessaire, on se dit que c’est bien assez – si vraiment il faut davantage pour insister dans l’existence – et on sent qu’on pourrait continuer ainsi des jours, des siècles. C’est à peine alors si l’on sait où on va et pourquoi, cela ne compte pas plus que mon passé ou l’heure qu’il est. Et on se sent libre, parce que, dès qu’il s’agit de se rappeler les signes anciens de notre engagement dans l’enfer – nom, âge, profession, carrière –, tout, absolument, apparaît dérisoire, minuscule, fantomatique.

Il y a le silence des marches dures des après-midi d’été, sur des parois de montagne, des sentiers de cailloux, à découvert sous un soleil sans concession. Silence éclatant, minéral, accablant. On entend juste le léger crissement des pierres. Silence implacable, définitif, comme une mort transparente. Le ciel est d’un bleu parfaitement détaché. Et on avance les yeux baissés, en se rassurant par un marmonnement sourd parfois. Le ciel sans nuages, le calcaire des roches sont d’une présence pleine : silence dont rien ne dépasse. Silence comble, immobilité vibrante, tendue comme un arc.

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Then there’s the silence of tough summer afternoon walks across the flank of a mountain, stony paths, exposed to an uncompromising sun. Blinding, mineral, shattering silence. You hear nothing but the quiet crunch of stones underfoot. An implacable, definitive silence, like a transparent death. Sky of a perfectly detached blue. You advance with eyes down, reassuring yourself sometimes with a silent mumbling. Cloudless sky, limestone slabs filled with presence: silence nothing can sidestep. Silence fulfilled, vibrant immobility, tensed like a bow.

First of all, there is the suspensive freedom that comes by walking, even a simple short stroll: throwing of the burden of cares, forgetting business for a time. You choose to leave the once behind, go out, stroll around, think about other things. With a longer excursion of several days, the process of self-liberation is accentuated: you escape the constraints of work, throw of the yoke of routine.

On ne fait rien en marchant, rien que marcher. Mais de n’avoir rien à faire que marcher permet de retrouver le pur sentiment d’être, de redécouvrir la simple joie d’exister, celle qui fait toute l’enfance. Ainsi la marche, en nous délestant, en nous arrachant à l’obsession du faire, nous permet d’à nouveau rencontrer cette éternité enfantine. Je veux dire que marcher, c’est un jeu d’enfant. S’émerveiller du jour qu’il fait, de l’éclat du soleil, de la grandeur des arbres, du bleu du ciel. Je n’ai besoin pour cela d’aucune expérience, d’aucune compétence.

There’s the silence of early morning. For long routes in autumn you have to start very early. Outside everything is violet, the dim light slanting through red and gold leaves. It is an expectant silence. You walk softly among huge dark trees, still swathed in traces of blue night. You are almost afraid of awakening. Everything whispering quietly.

La première éternité qu’on rencontre est celle des pierres, du mouvement des plaines, des lignes d’horizon : tout cela résiste. ... Je suis face à cette montagne, je marche au milieu des grands arbres et je pense : ils sont là. Ils sont là, ils ne m’ont pas attendu, là depuis toujours. Ils m’ont indéfiniment devancé, ils continueront bien après moi.

La marche, on n’a rien trouvé de mieux pour aller plus lentement. Pour marcher, il faut d’abord deux jambes. Le reste est vain. Aller plus vite ? Alors, ne marchez pas, faites autre chose : roulez, glissez, volez. Ne marchez pas. Et puis, marchant, il n’y a qu’une performance qui compte : l’intensité du ciel, l’éclat des paysages. Marcher n’est pas un sport.
Mais une fois debout, l’homme ne tient pas en place.

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The first eternity we encounter is that of rocks, of the swooping contour of the plains, of the skylines: all that is resistant, unchanging. ... You are facing a mountain, walking among great trees, and you think: they are just there. They are there, they didn’t expect me, they were always there. They were there long before me and they will still be there long after me.