Il n’est pas sûr, enfin, qu’en voulant donner une sanction sociale à la dignité, Améry ne l’ait pas confondue avec ce qu’on appellerait plutôt l’honneur : celui-ci consiste bien en une forme de reconnaissance accordée par la société en fonction de ses codes ; celle-là, en revanche, l’individu isolé peut aussi l’éprouver.

Une autre fois l’affaire est bien plus sérieuse : Buber-Neumann est au cachot, et Milena se présente devant le chef de la Gestapo du camp ; elle parvient à lui en imposer suffisamment pour qu’il l’écoute et même qu’il lui permette de rencontrer son amie en prison – faveur inouïe. Lorsque la mort approche, Milena se trouve entourée de nombreuses proches. Après, son amie conclut : « La vie a perdu tout sens pour moi » (Milena, 267). Buber-Neumann a aussi cette phrase incroyable : « Je remercie le destin de m’avoir envoyée à Ravensbrück et de m’avoir ainsi permis d’y rencontrer Milena » (Ravensbrück, 73).

Mais l’homme n’a pas besoin de se révolter les armes à la main pour rester humain, pour affirmer sa dignité ou son désir de liberté ; et il n’était pas nécessaire d’attendre l’insurrection du ghetto pour s’assurer que ces qualités n’étaient pas mortes. Cette insurrection était la réaction courageuse à une situation désespérée ; mais le geste de Pola était, lui aussi, libre, digne et humain. Car la dignité est toujours et seulement celle d’un individu, non celle d’un groupe ou d’une nation. Et l’honneur ne se lave pas seulement dans le sang de l’ennemi.

Today, the demand for total freedom of expression is the usual facade behind which there lurks xenophobia, the common theme of movements such as the Danish People’s Party, the Flemish Interest in Belgium, or the Freedom Party in Austria. When the leader of the Swiss extreme right, Christoph Blocher, defends the propaganda of his party, which presents foreigners as black sheep who should be kicked out of the country, he claims he is merely launching a discussion; whoever criticizes him for this is a censor.

When we examine, not the language of the propaganda, but the witness of the combatants themselves, religion does not occupy the first place. Their motivations are more often secular: they mention their sympathy for a population reduced to poverty, the victims of the whim of ruling classes that live in luxury and corruption- rulers able to maintain themselves in power thanks only to the support of the American government ( as in Pakistan, Saudi Arabia and Egypt). They speak of the members of their families or their local communities who have suffered or died by the fault of these governments ( and thus of their protectors); and they want to avenge them. The thirst for vengeance did not wait for Islam to appear in the world, and the appeal to the law of an eye for an eye and a tooth for a tooth is universal.

Un premier exemple de dignité ainsi entendue pourrait être le simple fait de rester propre, alors même que tout pousse à l’attitude contraire : l’eau est rare ou froide ou sale, les latrines sont loin, le climat sévère. Mais les témoignages sont nombreux qui le confirment : une personne qui parvient à se tenir propre, à apporter un minimum de soins à son habillement, inspire le respect aux autres détenus (et accroît ses propres chances de survie : la morale est, ici, payante). Primo Levi affirme qu’il doit son salut à une leçon qui lui est administrée par le sergent Steinlauf, au début de sa détention : rester propre pour ne pas s’avilir à ses propres yeux. « Aussi est-ce pour nous un devoir envers nous-mêmes que de nous laver le visage sans savon, dans de l’eau sale, et de nous essuyer avec notre veste. Un devoir, de cirer nos souliers, non certes parce que c’est écrit dans le règlement, mais par dignité et par propreté » (Si,